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La consommation de vin en France a chuté de plus de 60 % depuis les années 1960

Éloi de La Treille 6 min de lecture
Consommation de vin en France depuis 1950 : forte baisse de 60% (bouteille et chiffres FranceAgriMer).

Les grands repères de la consommation de vin depuis 1950

Comparer les décennies demande de rester prudent. Les chiffres peuvent désigner la consommation individuelle moyenne, les volumes du marché intérieur ou les déclarations recueillies lors d’une enquête. Ces indicateurs ne décrivent pas exactement la même réalité. Ils montrent toutefois une tendance nette : les Français boivent beaucoup moins de vin qu’au milieu du XXe siècle.

Infographie sur la consommation de vin en France depuis 1950 et la baisse des volumes par habitant
Infographie sur la consommation de vin en France depuis 1950 et la baisse des volumes par habitant
Période Repère de consommation Usage dominant Évolution marquante
Années 1950 Environ 100 litres par habitant et par an Vin présent au repas quotidien Un produit alimentaire courant dans de nombreux foyers
Années 1960 Niveau encore élevé Consommation régulière Point de départ d’un recul durable
Années 1980 Début des enquêtes quinquennales FranceAgriMer Usage moins systématique La fréquence quotidienne diminue avec les nouveaux modes de vie
Années 2000 Environ 55 litres par habitant et par an Vin de repas et d’occasion La modération et la sélection prennent davantage de place
2000-2020 Environ 40 litres par habitant et par an Consommation plus occasionnelle Le vin est davantage associé aux repas améliorés et à la gastronomie
2022 Plus de 60 % de baisse depuis les années 1960 Usages diversifiés selon l’âge et l’occasion Le recul des volumes coexiste avec un attachement culturel au vin

Ces données permettent donc de comparer des ordres de grandeur, sans assimiler automatiquement litres annuels et fréquence réelle de consommation. Une moyenne par habitant inclut les personnes qui ne boivent pas de vin. Elle ne précise pas non plus si le vin est consommé chaque jour, seulement le week-end ou lors de célébrations.

Pourquoi le vin a cessé d’être une boisson quotidienne

Urbanisation, travail et repas moins ritualisés

Après les années 1950, l’urbanisation, l’évolution du travail et la transformation des rythmes familiaux modifient la place des repas. Le déjeuner pris à domicile devient moins systématique, les temps de trajet s’allongent et la consommation d’alcool au travail ou avant de conduire s’accorde de moins en moins avec les normes sociales. Le vin perd progressivement son statut de boisson ordinaire, sans disparaître de la table.

La boucle du repas explique mieux la baisse que le seul goût

Le changement se comprend à partir d’une séquence concrète : faire les courses, préparer le repas, se retrouver à table, puis reprendre une activité ou prendre le volant. Quand cette routine quotidienne se raccourcit, le vin n’est plus acheté ni servi par automatisme. Il revient lorsque le repas devient un événement, par exemple lors d’un dîner avec des proches, d’un repas au restaurant, d’un week-end ou d’une fête.

Cette évolution explique pourquoi la baisse des volumes peut coïncider avec une attention accrue au choix de la bouteille, à l’accord mets-vins, au millésime ou à l’origine locale. Le vin est moins présent au quotidien, mais il peut occuper une place plus précise dans certaines occasions.

Santé publique et réglementation : une accélération durable

La baisse ne repose pas sur une cause unique. Les préoccupations sanitaires ont progressivement installé l’idée qu’une consommation d’alcool devait rester modérée. Les campagnes de prévention ont changé la perception des risques. Adoptée en 1991, la loi Évin a aussi encadré la publicité en faveur des boissons alcoolisées. Elle n’explique pas à elle seule plusieurs décennies d’évolution, mais elle s’inscrit dans un mouvement plus large de responsabilisation.

Les repères relayés par Santé publique France vont dans le même sens : pas plus de 2 verres par jour et pas tous les jours. Ils ne représentent pas un objectif à atteindre, mais un plafond destiné à réduire les risques. Selon Vin & Société, 9 Français sur 10 boivent moins de 10 verres d’alcool par semaine et 8 Français sur 10 boivent moins de 2 verres par jour les jours où ils boivent.

La concurrence d’autres boissons joue également. La bière progresse dans certains usages, notamment chez les jeunes adultes et lors des apéritifs. Les boissons non alcoolisées gagnent aussi en visibilité. Le vin conserve toutefois une place particulière : il reste fortement associé au repas, surtout au repas amélioré, plutôt qu’à une consommation spontanée et répétée au fil de la journée.

Ce que les générations et les occasions révèlent aujourd’hui

La consommation de vin des Français ne se résume plus à une opposition entre amateurs et non-amateurs. Les enquêtes distinguent les consommateurs réguliers, les consommateurs occasionnels et les non-consommateurs. Cette distinction compte, car une diminution du volume annuel peut résulter d’une baisse des quantités bues, d’une fréquence réduite ou d’une part croissante de personnes qui ne consomment pas de vin.

Une proximité moindre chez les 18-24 ans

Les jeunes générations sont globalement moins proches du vin que leurs aînés. L’entrée dans la consommation se fait plus tard et selon des codes moins liés au repas familial. Deux périodes d’augmentation de la consommation sont relevées selon l’âge : entre 18 et 21 ans, puis autour de la trentaine.

Le vin peut ainsi être découvert à travers les sorties, la cuisine, un territoire ou une occasion particulière, plutôt que transmis comme l’accompagnement ordinaire du déjeuner et du dîner. Chez les 18-24 ans, la relation au vin est donc moins directement liée aux habitudes familiales quotidiennes.

Du volume à la valeur d’usage

Cette évolution favorise une logique de qualité plutôt que de quantité. Certains consommateurs recherchent des vins biologiques, biodynamiques, naturels, locaux ou à faible teneur en alcool. En 2020, plus de 80 000 hectares de vignes bio représentaient près de 15 % du vignoble national. L’essor des vins sans alcool et des alternatives sans alcool répond également à une attente de convivialité compatible avec la modération. Ces tendances ne compensent pas mécaniquement la baisse des volumes, mais elles renouvellent les critères de choix.

Bien lire les statistiques sur le vin en France

Pour interpréter correctement l’évolution, il faut distinguer trois indicateurs. La consommation individuelle moyenne exprime un volume annuel rapporté à la population ; elle sert à suivre les tendances longues. La consommation déclarée décrit les comportements rapportés par les personnes interrogées : fréquence, types de boissons et occasions. Enfin, les volumes du marché intérieur renseignent sur les achats et la disponibilité, sans indiquer précisément qui a bu quoi.

FranceAgriMer mène une enquête sur la consommation de vin tous les cinq ans depuis 1980. Sa neuvième édition, réalisée du 27 mai au 9 août 2022, a interrogé 3 513 personnes âgées de 18 ans et plus, en face à face à domicile selon la méthode des quotas. Les résultats ont été comparés à ceux de l’enquête de 2015. Cette méthode permet d’étudier les évolutions selon l’âge, la fréquence et les occasions de consommation.

Pour approfondir les résultats et la méthode, les publications de FranceAgriMer et les repères de Santé publique France fournissent des ressources utiles. La tendance de fond est claire : le vin reste un marqueur culturel et gastronomique en France, mais son usage est passé d’une habitude quotidienne à une consommation plus rare, plus contextualisée et plus modérée.

Éloi de La Treille

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